Dictionnaire technique de l'estampe, André Béguin. FR

Aquatinte


Technique de gravure pratiquée sur des plaques métalliques au moyen d’une attaque à l’aide d’un mordant. Cette technique a pour but d’obtenir une impression dont les nuances s’apparentent à celles des dessins au lavis, au pointillé ou au trait réglé, par opposition aux nuances obtenues dans le trait continu. L’aquatinte se distingue de toutes les gravures réalisées directement à l’aide d’outils (utilisés aussi bien pour le trait continu que pour le pointillé), tels que les burins, les aiguilles, les roulettes, les tiges, etc. L'aquatinte se distingue également de la gravure au trait, bien qu'elle soit classée sous la rubrique générale de la gravure. Elle est parfois considérée comme appartenant aux procédés dits « lavis » ou « à la manière du lavis », qui ont d'ailleurs été à l'origine de l'aquatinte. Cependant, il ne faut pas assimiler la manière du lavis à l'aquatinte, car cette dernière se distingue par sa surface granulée*

Le terme « granuleuse » est ici utilisé pour décrire une surface de plaque criblée de nombreux petits trous très rapprochés dont la fonction est de retenir l’encre et, lors de l’impression, de produire un noir profond. Le résultat (l’impression) obtenu à partir d’une telle surface de plaque est le grain. Le grainage d’une plaque est une opération extrêmement délicate qui confère à l’aquatinte ses caractéristiques et ses nuances subtiles.

Bien que les premières imitations de dessins au lavis dans le domaine de la gravure remontent au milieu du XVIIe siècle, c'est au cours du XVIIIe siècle que cette technique a été perfectionnée. Le graveur François-Philippe Charpentier annonça dans « l’Avant-Coureur » du 10 juillet 1762 qu’il avait inventé une machine « permettant de graver de manière à imiter les techniques de lavis ». En 1780, Jean-Baptiste Le Prince, peintre, dessinateur et graveur, dont les dessins au sépia avaient connu un grand succès, décida de les reproduire par la gravure et présenta à cette fin un mémoire à l’Académie royale de peinture intitulé « Plan du traité de la gravure au lavis ». Cependant, et malgré le succès personnel de Le Prince, sa méthode ne connut qu’un succès très limité en France ; ce n’est que plusieurs années plus tard, après avoir subi diverses modifications à l’étranger, que l’aquatinte revint en France à la fin du XVIIIe siècle pour y occuper une place d’honneur. Le terme « aquatinte » fut inventé à Londres pendant cette période d’exil.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, alors que l’imprimerie moderne connaissait de grandes innovations, l’aquatinte connut soudainement un essor inattendu. On tenta d’adapter cette technique aux procédés photographiques récemment découverts. Niepce avait déjà essayé de transférer des photographies sur des plaques métalliques afin de réaliser des gravures. Ses premières « héliographies » remontent à 1827. Dans ses expériences, l’inventeur de la photographie utilisait un négatif photographique et de l’asphalte de Syrie*, qui, une fois exposé à la lumière, protégeait la plaque sur laquelle il avait été étalé. Les parties non exposées pouvaient alors être dissoutes sans aucun problème, exposant ainsi la plaque aux mêmes endroits. Il ne restait plus qu’à graver la plaque. Une fois gravées, les parties protégées de la plaque devenaient les zones noires de l’image imprimée.

Les progrès ultérieurs des techniques photographiques ont fait de l’aquatinte l’un des procédés de reproduction les plus raffinés. Dès 1878, Karl Klietsch, de Vienne, utilisa ces nouvelles techniques pour inventer la photogravure à grain. En 1882, lorsque les premières trames en demi-teintes furent inventées (décrites ci-dessous), le procédé de grainage de la photogravure fut abandonné. C’est finalement en 1910 que l’impression par photogravure sur presse rotative fut mise au point grâce à la possibilité de fabriquer des cylindres gravés. Il va sans dire que l’apparition de ces cylindres fut déterminante pour accroître la vitesse d’impression. Cette transformation du procédé de l’aquatinte est abordée plus en détail dans la section consacrée à la photogravure, car celle-ci a également joué un rôle relativement important dans l’histoire de l’estampe.

LA TECHNIQUE DE L'AQUATINTE.
La réalisation d'une aquatinte comprend les étapes suivantes : la préparation de la plaque, le grainage de la plaque, la gravure de la plaque et, enfin, son impression.

A. PRÉPARATION DE LA PLAQUE. La plaque* est une feuille de métal qui, une fois gravée, devient un élément d'impression. Elle peut être en acier, en zinc ou en cuivre. Le cuivre est préférable pour un travail de qualité car il est facile à travailler, présente un coefficient d’adhérence élevé pour l’encre, résiste assez bien à l’usure causée par des impressions répétées et peut également être recouvert d’une couche d’acier. Les plaques généralement utilisées ont une épaisseur de 1 mm et sont parfaitement rabotées et d’équerre. Les bords et les angles doivent être légèrement biseautés. Si plusieurs plaques sont utilisées, comme dans l’impression en couleurs, chacune d’entre elles doit être exactement identique aux autres.

La première étape de la préparation de la plaque consiste à la poncer à la pierre ponce. Il n’est toutefois pas nécessaire de polir le métal. Dans certains cas, un reflet miroitant peut être écarté au profit d’un léger grain, d’un polissage mat, voire d’un « dépolissage » réalisé à l’aide d’une substance abrasive fine [* polissage]. En effet, une finition mate retiendra mieux l’encre et permettra d’obtenir des demi-teintes plus nuancées, tandis que des blancs parfaits peuvent être obtenus à l’aide d’un brunisseur*, comme dans la technique de la mezzotinte*.
En revanche, le récurage de la plaque est une étape essentielle, car toute trace de graisse nuira au reste du processus de gravure [ * récurage ]
Il est toujours préférable de protéger le dos et les côtés de la plaque (et, dans certains cas, les bords de la face avant) contre la solution de morsure avant de procéder au grainage, car celui-ci est très délicat et risque d’être endommagé s’il entre en contact avec une surface ou s’il est posé dessus. Comme l’image sur la plaque coïncide parfois avec le grain, la plaque peut être protégée et recouverte avant même de commencer à dessiner dessus.

Une fois la plaque préparée, on peut y dessiner. À partir de ce moment, l’artiste doit veiller à ne pas toucher la surface de l’image de la plaque avec ses doigts. Il est conseillé de toujours poser la plaque sur une surface légèrement plus grande afin de pouvoir la tourner à volonté. De plus, l’utilisation d’un repose-main permettra d’éviter de nombreux problèmes [ * repose-main ]

Comme pour tout travail de gravure, le principe général est que les parties de la plaque protégées du processus de gravure par un vernis de gravure ou une peinture appropriée s’imprimeront en blanc après la gravure, tandis que toutes les autres zones (qui n’ont pas été protégées) s’imprimeront dans différentes nuances de noir. La qualité des différentes nuances de noir obtenues dépendra de la durée de la gravure et du type de surface gravée.

L'image produite sur une plaque peut être soit positive, soit négative. Une image positive est un dessin noir sur fond blanc, tandis qu'une image négative est une image blanche sur fond noir (dessin au trait blanc). Une image positive peut être obtenue de la même manière que pour toute gravure à l'eau-forte, c'est-à-dire en retirant certaines parties du vernis de gravure recouvrant la plaque à l'aide d'une pointe à graver émoussée. Le vernis peut également être retiré à l’aide d’un pinceau trempé dans de la térébenthine, dans un mélange (utilisé par Le Prince) d’huile d’olive*, de térébenthine et de noir de fumée, ou encore avec d’autres mélanges [* pour le retrait du vernis]. Les images négatives sont réalisées de manière inverse, en recouvrant les parties qui doivent rester blanches soit d’un vernis de masquage, soit d’une peinture résistante à l’acide (peinture acrylique ou peinture glycérophtalique, par exemple), soit d’encre, soit d’un crayon lithographique, soit d’un pastel à l’huile. Dans *Traité de l’aquatinte*, j’ai évoqué l’application de peinture acrylique au pinceau, puis l’enlèvement ou le dessin sur ce fond (si on le souhaite) à l’aide d’un morceau de bois humide. Dans ce même ouvrage, j’ai également évoqué l’utilisation d’un aérographe pour pulvériser de la peinture ou diluer le fond afin d’obtenir des nuances et des demi-teintes [* grain]. En ce qui concerne le dessin d’une image (ce qui n’est pas spécifique à l’aquatinte), le lecteur peut consulter ce dictionnaire sous la rubrique « gravure ». Quelle que soit la manière dont le dessin est réalisé, il doit bien sûr être effectué à l’envers afin que le résultat imprimé soit orienté dans le bon sens.
Comme mentionné plus haut, l’aquatinte se caractérise par sa surface granuleuse, ce qui permet de la distinguer des autres techniques de gravure. Cette surface granuleuse est constituée de petits points creux répartis sur la plaque de métal qui, après impression, donnent naissance au grain* de l’image. Une fois le tracé réalisé, l’artiste procède à la création de cette texture granuleuse en deux étapes successives. Il commence par réaliser le grain*, puis il grave* la plaque. Ces deux étapes sont assez délicates et doivent être coordonnées

B. GRAINER LA PLAQUE. La grainage a pour but de protéger la plaque pendant le processus de mordançage, de manière à ce que celui-ci forme une série de petites cavités. Les parties de la plaque non protégées par le grainage seront attaquées par la solution de morsure. Il va donc de soi que la qualité et l’intensité de la texture dépendent du grainage. Lorsqu’il réalise le grainage, l’artiste doit garder à l’esprit que le but de son travail est de créer des zones parsemées de creux de profondeur variable qui retiendront l’encre. Par conséquent, la rugosité, l’espacement et la profondeur de la texture granuleuse doivent être adaptés au résultat souhaité. On peut obtenir des nuances en superposant des couches de grain, de manière sélective, comme si l’on répétait le grainage.
Comme c’était le cas pour le dessin positif et négatif, il existe des grainages positifs et négatifs

1°) GRAINAGE POSITIF.
Le grain déposé sur la plaque métallique sera, dans ce cas, attaqué par l’acide et donnera ainsi des points noirs à l’impression. La méthode la plus couramment utilisée pour obtenir un tel résultat est le fond « lift ». Lorsque le fond (appliqué à l’aide d’un tampon et légèrement dilué avec de la térébenthine afin qu’il ne sèche pas trop rapidement) est encore tiède, saupoudrez les zones à grainer d’un agent absorbant l’eau tel que du sel, du sucre, de la farine, du sable à grains fins, de la suie de lampe, de la poussière de pierre à polir, de la sciure, de la poussière de liège, etc., qui doit être parfaitement sèche. La régularité du grain dépendra bien sûr de la régularité avec laquelle cette poussière a été répartie, ainsi que de la finesse de la poussière utilisée. La poussière doit être saupoudrée depuis une certaine hauteur, dans une pièce à l’abri des courants d’air, lorsque la couche de fond ressemble encore à une nappe d’huile. La raison pour laquelle la poussière doit être saupoudrée depuis une certaine hauteur est qu’elle doit bien s’incruster dans la couche de fond afin d’entrer en contact avec la plaque.

Procédez ensuite, sans attendre que la plaque soit complètement refroidie ni que le fond soit sec, à plonger la plaque dans un bac rempli d’eau froide propre (l’eau de pluie étant la mieux adaptée à cet usage). N’oubliez pas de changer l’eau au cours du lavage. L’eau fait gonfler les particules de poussière et fissure ainsi le fond immédiatement autour d’elles. En conséquence, la plaque se retrouve alors exposée sous la forme d’un motif pointillé qu’il suffit de graver pour obtenir les trous nécessaires à l’impression. Si l’artiste est pressé ou ne réalise qu’un essai, la plaque peut être plongée directement dans la solution de morsure, qui va d’abord fissurer le vernis, puis procéder à la gravure de la plaque. Il est également possible de créer un grain positif en attaquant directement le métal (avec ou sans vernis) à l’aide d’un outil tel qu’une roulette ou d’une substance abrasive [*surface de plaque granulée]

2°) GRAINAGE NÉGATIF. Trois méthodes de grainage seront décrites dans cette section : la méthode traditionnelle à la colophane ou à l’asphalte, un procédé de grainage négatif à l’alcool, et un procédé que j’ai décrit en 1975 dans *L’Aquatinte à l’Aérographe* (Traité de l’aquatinte), qui permet d’obtenir des nuances entre les demi-teintes.

- LA MÉTHODE TRADITIONNELLE DE GRAINAGE À LA RÉSINE OU À L'ASPHALTE. Il s'agit sans aucun doute de la technique la plus couramment utilisée, perfectionnée pour la première fois par Le Prince. Elle consiste à prélever de la poudre très fine de résine ou d'asphalte et à la placer dans un sac constitué de deux à six couches de mousseline, selon la finesse de grain souhaitée. Une méthode rapide pour obtenir le même résultat consiste à laisser la poudre tomber sur un pinceau et à l’étaler par petits coups pour projeter le grain sur la plaque. Les résines utilisées pour ce type de travail sont le copal, la colophane et le sandarac. L’inconvénient de la colophane est qu’elle s’agglomère à la moindre humidité. C’est pourquoi on préfère généralement le sandarac, même s’il est plus coûteux. Quoi qu’il en soit, la colophane (qui fond plus facilement) est nécessaire pour le grainage des plaques de zinc, car celles-ci ne doivent pas être surchauffées. Il est souvent préférable d’utiliser de l’asphalte en poudre* plutôt que de la résine, car il s’étale moins lorsqu’il est chauffé, donne des noirs plus beaux et résiste mieux à la solution de morsure. Son inconvénient est qu’il n’est pas transparent, ce qui signifie qu’il masque le dessin réalisé sur la plaque.
Le « saupoudrage » s’effectue depuis une certaine hauteur, dans une pièce à l’abri des courants d’air. Certains aquatintistes avaient coutume de recouvrir leurs plaques de cuivre d’un liquide visqueux étalé en fine couche, composé de sucre, de savon et d’un peu d’eau. Ce mélange avait pour but de fixer la poussière déposée.

Une répartition très régulière de la poussière sur une plaque (surtout si celle-ci est de grande taille) ne peut être obtenue qu’à l’aide d’une boîte à poussière ou d’une boîte à aquatinte. Ces boîtes sont assez grandes et leurs dimensions moyennes, en centimètres, sont de 150 à 200 cm de hauteur (4 1/2 à 6 pieds), 80 cm de largeur (2 3/4 pieds) et 60 à 100 cm de profondeur (2 à 3 pieds). La taille est évidemment liée à celle de la plaque pour le grainage, puisque celle-ci doit être placée à l’intérieur de la boîte. La boîte doit être hermétiquement fermée, à l’exception d’un côté, par lequel la plaque est introduite sur un plateau. Cette ouverture doit être munie d’une porte permettant de fermer la boîte. De plus, la boîte doit être doublée de toile cirée ou de zinc afin que la poussière de résine n’adhère pas aux parois. Placez-y un petit plateau de chlorure de calcium, à l’extrémité opposée de la boîte, afin d’absorber toute humidité résiduelle [* agents corrosifs].

Le principe de la boîte à grain d'aquatinte consiste à retenir la poussière de résine, qui est dispersée à l’intérieur de la boîte par un jet d’air. Ce jet d’air peut être généré soit par un mécanisme à soufflet, soit par une roue à pédales. Ce type de méthode de grainage exige une certaine attention aux moindres détails. En effet, comme les particules de poussière les plus grosses se déposent en premier, il faut calculer un temps d’attente qui garantira la finesse de grain souhaitée. D'une manière générale, un temps d'attente d'une minute donnera un grain assez grossier, trois minutes un grain moyen, tandis que cinq minutes donneront un grain fin. Des temps d'attente plus longs permettront d'obtenir un grain très fin, voire extrêmement fin. Une fois la plaque introduite dans le bac, il faut la laisser reposer pendant cinq minutes si la poussière utilisée est à gros grains, et plus longtemps si elle est à grains fins. D’une manière générale, si la poussière n’est pas très abondante, qu’elle soit à gros ou à petits grains, elle permettra généralement une attaque étendue de la plaque et donnera donc une plaque d’impression plutôt sombre. En revanche, une abondance de poussière surprotégera la plaque, qui sera alors sous-attaquée, et le résultat sera une tonalité grise à l’impression. Les combinaisons théoriques utilisant la même quantité de poussière sont les suivantes :

---une poussière à gros grains utilisée en quantité relativement faible donnera une surface granuleuse nette mais irrégulière.

---une poussière à gros grains utilisée généreusement donnera une surface granuleuse peu nette (la couche de poussière a tendance à s’aplatir et à s’étaler lorsqu’elle est chauffée).

---une couche de poussière à grains fins utilisée en quantité relativement faible donnera une surface granuleuse nette et relativement régulière.

---une poudre à grain fin appliquée généreusement donnera une surface granuleuse peu nette (la quantité utilisée, lorsqu’elle est excessive, a tendance à recouvrir entièrement la plaque).

Un saupoudrage clairsemé ne peut être suivi d’un deuxième saupoudrage et d’une deuxième attaque que si le premier a été réalisé avec une poudre à grain assez grossier. La raison de cette règle est qu’une poudre à grain fin appliquée avec parcimonie ne donne qu’une vague tonalité grise à l’impression.

L'étape suivante du grainage consiste à chauffer les particules de poussière déposées (il s'agit d'une étape relativement délicate) afin de les fixer sur la plaque. En effet, pendant que les particules de poussière de résine ou d'asphalte étaient déposées sur la plaque, celle-ci se trouvait dans un espace à l'abri des courants d'air, ce qui les protégeait de tout autre danger. Ce ne sera désormais plus le cas. Lorsqu'on retire la plaque grainée de la boîte à grain d'aquatinte, il faut veiller à ne toucher que la deuxième plaque sur laquelle elle repose. Il va sans dire qu'il ne faut pas laisser d'empreintes de doigts sur les bords de la plaque grainée. La deuxième plaque (sur laquelle repose la plaque grainée) doit être en métal, ce qui facilitera le processus de chauffage, car on peut alors placer les deux plaques ensemble sur une plaque chauffante*, une grille ou dans un four, où elles seront lentement chauffées à la température appropriée. Une deuxième plaque métallique présente également l’avantage de contribuer à répartir la chaleur de manière homogène sous la plaque grainée. Une telle répartition de la chaleur est essentielle pour obtenir de bons résultats, mais elle est parfois assez difficile à réaliser avec de grandes plaques. Autrefois, il était assez courant de chauffer le dos de la plaque à la flamme nue, mais à l’époque, il y avait également des marges que l’on pouvait saisir à l’aide d’une pince en bois tenue dans la main gauche, tandis que la main droite déplaçait la flamme d’avant en arrière. À l’heure actuelle, on n’utilise plus de marges et le travail sur la plaque s’arrête à son bord même, ce qui exclut la méthode mentionnée ci-dessus. Néanmoins, il faut pouvoir déplacer la flamme assez librement sous la plaque, car le grain adhère à celle-ci presque instantanément et parce que le chauffage ne doit jamais être prolongé au-delà du temps minimum nécessaire.

Le chauffage de la plaque doit être très précis : ni trop, ni trop peu. L’artiste doit garder à l’esprit que le grain s’étale toujours un peu lorsqu’il est chauffé. S’il est surchauffé et donc trop étalé, chaque particule aura tendance à fusionner avec ses voisines et à obstruer le grain. À l’inverse, si le chauffage est insuffisant, le grain n’adhérera pas à la plaque et se détachera lors de la gravure.

Un moyen de savoir si les particules de poussière ont été correctement chauffées est d’observer le changement de couleur. L’aspect duveteux des particules de poussière sec se transforme en une texture soyeuse, semi-brillante et transparente, à travers laquelle on peut voir la plaque elle-même. C’est à ce moment-là que le processus de chauffage doit être arrêté. Les particules de poussière correctement chauffées se reconnaissent à un léger « tassement » de la grain, visible à la loupe. En effet, comme nous l’avons déjà mentionné, cet tassement doit être pris en compte par l’artiste lorsqu’il réalise le grainage de la plaque. Une plaque bien chauffée doit pouvoir résister à une solution de morsure pendant la gravure. Après le chauffage, la plaque doit être posée sur une surface en fonte ou sur une pierre lithographique jusqu’à ce qu’elle ait refroidi. Une fois toutes ces étapes effectuées, le processus de gravure peut commencer.

- CHAÎNE DE GRENAGE À LA RÉSINE. Cette méthode de grainage de la plaque a été inventée à la fin du XVIIIe siècle. Elle consiste à étaler sur la plaque une résine en suspension dans de l’alcool. Dans un premier temps, la résine à utiliser est saturée dans de l'alcool à 45° (environ 90 proof), puis mélangée dans les proportions suivantes : 1/10 de cette préparation et 6/10 d'alcool. Ce mélange produira un grain moyen, mais, si on le souhaite, les proportions peuvent être modifiées en fonction du grain recherché. Une fois l’alcool évaporé, la plaque présentera un grain régulier. Pour accélérer le processus, la plaque peut être légèrement chauffée en veillant à ce que la flamme n’entre jamais en contact direct avec l’alcool.

Afin d’obtenir une plus grande homogénéité des particules de poussière, la plaque peut être placée dans un bac et recouverte de la solution mentionnée ci-dessus. Une fois que le liquide a cessé de bouger et que les particules se sont déposées sur la plaque, celle-ci peut être retirée du bain avec la plus grande précaution. Pour ce faire, il faut soulever la deuxième plaque sur laquelle elle repose. Une fois retirées de la cuvette, les deux plaques peuvent être placées sur la plaque chauffante afin de fixer le grain déposé. Le chauffage s’effectue de la même manière que celle décrite ci-dessus (au point I.), à ceci près qu’il doit être plus progressif. On peut signaler, sans toutefois le recommander, que l’éther a parfois été utilisé comme substitut de l’alcool.

- GRAINAGE À L'AÉROGRAPHE. Contrairement aux méthodes de grainage décrites ci-dessus, qui ne permettent d'obtenir que des grains réguliers et de couleur unie, la technique spécifique que j'ai mise au point pour le grainage à l'aérographe produit des nuances subtiles. Par exemple, l'utilisation d'un aérographe permet d'obtenir une partie supérieure de la plaque fortement grainée et une partie inférieure légèrement grainée, avec un dégradé progressif* entre ces deux extrêmes. De plus, un grain réalisé à l’aérographe peut être extrêmement fin et se fondre dans les demi-teintes d’un dessin en une seule opération. La seule difficulté réside dans l’installation du matériel nécessaire.

L’aérographe lui-même est un petit pistolet pulvérisateur dont le prix est généralement raisonnable, mais il nécessite une alimentation en air comprimé ou un compresseur. L’artiste doit choisir entre l’utilisation de bombes d’air comprimé ou d’un compresseur. Une description complète de l’aérographe* figure dans « Traité sur l’aquatinte ».
Lorsqu’on utilise un aérographe pour la gravure, la pression d’air doit être réglée à 1,5 kg/cm² (environ 21 lb/pouce²). La finesse du grain augmente proportionnellement à la pression, mais aussi en fonction de l’ouverture de la buse, qui peut être réglée. Le liquide à vaporiser doit être bien dilué, ni pâteux ni visqueux, et mélangé de manière parfaitement homogène.

Le jet doit être dirigé vers la plaque à une distance de 20 à 30 cm (8 à 12 pouces) à une pression de 1,5 kg/cm². Si l’on souhaite obtenir un grain plus fin, la distance peut être réduite ; à l’inverse, pour un grain plus grossier, il convient d’augmenter la distance. La peinture acrylique et le vernis de masquage peuvent tous deux être utilisés avec un aérographe, bien que ce dernier permette d’obtenir un grain nettement plus fin. La peinture acrylique se dilue à l’eau, tandis que le vernis se dilue à la térébenthine.

Placez la plaque à grainage sur une grande feuille de papier blanc posée sur une table, en veillant à ce que la feuille puisse être déplacée librement. Réglez l'appareil et testez-le sur un coin de cette feuille avant de l'utiliser sur la plaque elle-même. La pulvérisation doit être effectuée selon un angle d'environ 45° à 60° et de la manière la plus régulière possible. S'il n'est pas possible de grener l'ensemble de la plaque à partir d'un point fixe, la pulvérisation peut s'effectuer par des mouvements réguliers de va-et-vient, d'abord de gauche à droite puis dans l'autre sens, puis de haut en bas. La pulvérisation doit être lente et régulière. Le grain est visible sur la feuille de papier près du bord de la plaque. En effet, il est très difficile de voir le grain déposé sur la plaque et on peut facilement penser qu’il n’est pas assez épais alors qu’il est en réalité bien trop épais. C’est pour cette raison qu’il convient de conserver les morceaux de papier utilisés et de noter (dans l’espace blanc laissé par la plaque) toutes les informations nécessaires concernant ce grainage particulier. Ces feuilles deviennent les meilleurs documents de travail du graveur. Le papier utilisé à cette fin doit être assez lisse, très blanc et toujours de la même qualité. Pendant le grainage, l’artiste doit faire pivoter le papier, sur lequel repose la planche, d’un quart de tour autour de son axe afin que le jet se répartisse de manière homogène sur chaque face et chaque bord. Les zones devant être fortement grainées sont, bien sûr, traitées plus longtemps. Le grain est ensuite vérifié, à l’aide d’un testeur de lignes, le long des bords de la planche. Il faut arrêter le grainage avant qu’il n’atteigne le point de saturation, c’est-à-dire lorsque les espaces entre les grains ont atteint la taille requise pour le processus de mordançage. Une certaine expérience est nécessaire et il peut être conseillé de réaliser quelques petites plaques expérimentales en variant la pression, le liquide utilisé, l’angle de pulvérisation, la pression du jet et la durée de pulvérisation. Toutes les données pertinentes doivent être notées sur une feuille de papier pour référence ultérieure.

Une fois ces essais effectués, il est possible de réaliser le grainage de plaques de plus grande taille en toute sécurité. Afin d’observer l’évolution du grain pendant la pulvérisation, utilisez une peinture acrylique colorée qui n’a pas besoin d’être foncée, mais qui doit être visible sur le papier. Les couleurs orange ou jaune conviennent parfaitement à cet usage. Le vernis de gravure utilisé avec un aérographe est, quant à lui, très visible. Ce vernis est préparé en filtrant un bon vernis de graveur, puis en le diluant avec environ un tiers de térébenthine. Une fois le grainage réalisé, il est préférable de laisser sécher pendant douze heures ou, au minimum, une à deux heures. Après chaque séance de travail, l’aérographe doit être nettoyé immédiatement en pulvérisant le solvant utilisé dans le mélange : de la térébenthine pour le fond, de l’eau pour les acryliques fraîches et de l’acétone pour la peinture acrylique séchée

Un nettoyage adéquat de l’aérographe s’effectue en ouvrant et fermant la buse de l’aérographe avec le doigt. Cela provoque le mélange de l’air avec le liquide et la formation de bulles d’air dans le solvant, ce qui permet de nettoyer les conduits.

C. LA GRAVURE DE LA PLANCHE. Il s’agit probablement de l’opération la plus délicate du procédé de l’aquatinte. Dans tous les cas, la gravure peut être réalisée à l’aide de deux solutions de morsure différentes : l’acide nitrique et le perchlorure de fer. Le premier est généralement utilisé pour les planches de zinc et d’acier, mais peut également servir sur le cuivre (Le Prince l’utilisait souvent de cette manière). Le second, bien qu’il puisse être utilisé sur d’autres métaux, est généralement réservé à la gravure du cuivre. C’est grâce au grainage de la photogravure que cet acide a acquis sa place d’honneur, car il est rapidement apparu que, selon sa concentration, il agissait à la fois sur le métal et sur les surfaces photosensibles (telles que la gélatine) utilisées dans divers procédés photographiques [*photogravure]

1°) GRAVURE À L'ACIDE NITRIQUE. L'acide nitrique est un acide puissant et dangereux dont les émanations sont nocives. En raison de sa puissance, il ronge rapidement. Vous trouverez une description de cet acide et la manière de préparer une solution de morsure à partir de celui-ci dans la rubrique « agents de gravure ». Lorsqu'il est utilisé sur du zinc ou de l'acier, sa concentration est généralement ramenée à environ 10°, car il ronge lentement à 5° et rapidement à 15°. Une attaque lente préserve le grain et le tracé de la plaque. À une concentration de 13° ou 14°, le grain commence à présenter des signes d’altération après cinq ou six minutes d’attaque. Il faut donc être prudent ; on constatera qu’en commençant l’attaque avec une solution de morsure à 11° ou 12°B (que l’on peut toujours renforcer au cours du processus si nécessaire), on obtiendra les résultats les plus satisfaisants.

Je rappelle au lecteur qu’une attaque lente a généralement tendance à creuser en profondeur, tandis qu’une attaque rapide a tendance à corroder superficiellement. Par conséquent, les plaques à grain fin doivent être attaquées lentement si l’on veut éviter de les endommager.
Le noircissement de la plaque métallique est un signe évident que l’attaque est en cours. Si la plaque noircit immédiatement, cela signifie que la solution de morsure est probablement trop forte. Dans tous les cas, pour la gravure à l’aquatinte, l’opération ne doit jamais être prolongée jusqu’à ce que la planche « bouillonne » (c’est-à-dire qu’elle forme des bulles rapidement). De plus, les bulles ne doivent jamais être éliminées autrement qu’en remuant le bac afin de créer une succession continue de vagues qui emporteront les bulles à la surface. Il ne faut pas, comme dans la gravure à l’eau-forte classique, utiliser une plume de pigeon* ou un pinceau en poils de blaireau* pour brosser la surface de la plaque. Même en procédant très délicatement, le grain ne résisterait pas à un tel brossage ou à un tel effleurement sans en garder de traces. En aquatinte, la solution de morsure doit juste atteindre le niveau de la plaque afin que les vagues la recouvrent et la découvrent successivement au gré de leurs allers-retours. Le bac doit être nettement plus grand que la planche, ce qui facilitera l’opération. Une autre précaution utile consiste à placer la planche à graver sur une autre, plus grande (le plastique convient bien dans ce cas), ce qui vous permettra de déplacer la première planche plus facilement. Lorsque la gravure a atteint le degré requis, retirez rapidement la planche (en veillant à ne pas toucher le côté de l’image) et rincez-la soigneusement à l’eau sous un robinet à proximité. Si l’on souhaite obtenir une profondeur de grain maximale, le degré de mordant idéal se situe juste avant que le grain ne commence à se détériorer. La détérioration se manifeste par un noircissement excessif, l’apparition de « bulles », un nombre plus important de bulles sur les bords qu’au centre de la planche, le grain commençant à se soulever, etc. Pour plus de détails non spécifiques à l’aquatinte, voir la rubrique « mordant »]

Il peut être intéressant pour le lecteur de savoir que Le Prince utilisait de l’acide nitrique sur le cuivre dans les proportions suivantes : 1/4 d’acide pour 3/4 d’eau pour une solution de morsure à action lente, et 1/3 d’acide pour 2/3 d’eau pour une solution de morsure puissante.

2°) GRAVURE AU PERCHLORURE DE FER. Le perchlorure de fer est très différent de l’acide nitrique. Il grave lentement, mais aussi plus profondément et avec une plus grande précision. Préparez des solutions à 46°, 41°, 36° et 33°B de ce sel pour graver aussi bien les planches de cuivre que celles de zinc, mais veillez à ne pas utiliser une même solution sur deux métaux différents et à les conserver séparément. Avec une telle gamme de concentrations, il est possible de réaliser pratiquement tous les types de mordançage. Chaque flacon contenant une solution doit être correctement étiqueté. Le mordançage doit être effectué dans un endroit sec à température constante (entre 18 et 26 °C – 64 et 68 °F). La solution la plus couramment utilisée est celle à 46°, qui est épaisse et visqueuse et attaque profondément le grain sans l’endommager.

Les concentrations plus faibles agissent plus rapidement ; il faut donc réduire le temps d’exposition de la planche à la solution de morsure. Par exemple, la solution de morsure ne doit pas durer plus de 5 ou 6 minutes avec une solution de morsure à 33°B (dont l’action est rapide et superficielle), tandis qu’une solution à 46° peut être laissée en contact avec la planche jusqu’à vingt minutes. En réalité, la solution à 33° n’est utilisée que pour un décapage rapide ou pour uniformiser la planche. Il est préférable de commencer le mordançage avec une solution à 46°, puis d’accélérer le processus avec une solution à 41° voire à 36°. Cependant, on peut utiliser la même solution tout au long du processus de mordançage si on le souhaite.

Les précautions à prendre avec le perchlorure de fer sont les mêmes qu’avec l’acide nitrique en ce qui concerne le balancement de va-et-vient du bac. L’utilisation d’un bac assez grand est recommandée, car une quantité abondante de solution de morsure aide à disperser l’acide utilisé, qui entrave toujours l’action du reste de la solution de morsure. Cependant, le perchlorure de fer est assez sombre, ce qui rend assez difficile de vérifier ce qui se passe. Pour pallier ces difficultés, il convient de veiller à ce que la solution de morsure ne recouvre pas la planche de plus de quelques millimètres. Pour cette raison, et également pour faciliter le rinçage des reliefs de la planche, assurez-vous que le niveau de la solution de morsure atteigne tout juste la planche.

Une fois la gravure commencée, il faut balancer la cuve d’avant en arrière afin que le liquide noir produit par la gravure soit éliminé de la planche et soit immédiatement remplacé, sans interruption, par une vague de solution de morsure fraîche. Une solution à 46°B donnera un grain très léger après cinq minutes de gravure, un grain un peu plus marqué après dix minutes, et un grain d’impression noir après quinze minutes. Il est dangereux de prolonger la gravure au-delà de vingt minutes. Les bords de la planche constituent un bon indicateur permettant d'éviter une attaque excessive, car ce sont eux qui s’abîment en premier. S’ils commencent à présenter des signes de bouillonnement, la planche doit être immédiatement retirée de la solution de morsure. Une fois l’attaque terminée, retirez la planche (en veillant à ne pas toucher la face imprimable) et rincez-la à l’eau sous un robinet à proximité. Le rinçage doit être minutieux. Pour plus de détails sur le perchlorure de fer et ses caractéristiques, consultez les entrées « agents d’attaque » et « attaque "

D. IMPRESSION À L'AQUATINTE. Après la gravure, la planche doit être nettoyée. Le vernis est éliminé à l'aide de térébenthine, tandis que la peinture acrylique est retirée à l'acétone. La planche est souvent légèrement oxydée lorsqu'on la retire de la solution de morsure ; dans ce cas, il convient de la nettoyer avec un peu de produit pour polir le métal et une brosse relativement ferme (mais pas trop dure) qui permettra de pénétrer la surface granuleuse de la planche. Le produit pour polir le métal doit être dilué avec un peu de térébenthine.

D'une manière générale, l'impression d'une planche d'aquatinte s'apparente beaucoup à celle de n'importe quelle gravure à l'eau-forte. Pour plus de détails sur les différentes étapes, voir l'entrée « gravure à l'eau-forte (impression de -) ». Vous trouverez ci-dessous quelques précisions concernant les pratiques d'impression spécifiques à l'aquatinte.
Tout d’abord, préparez le papier destiné à l’impression des plaques d’aquatinte. Le papier utilisé doit être assez épais pour reproduire le grain. Un papier de 250 grammes constitue un bon choix. L’humidification du papier doit être minutieuse et peut généralement s’effectuer pendant la nuit, sauf si l’on souhaite utiliser du papier hollandais (Van Gelder), qui nécessite une humidification moindre. Le papier ne doit pas être retiré du bac de trempage plus de dix minutes avant son utilisation. Une fois retiré du bac, il convient de le suspendre au-dessus de celui-ci et de le laisser s’égoutter pour éliminer l’excès d’eau. Par temps très chaud, il faut veiller à ce que le haut de la feuille de papier ne sèche pas plus vite que le bas. Il est essentiel que la feuille de papier soit uniformément humide et qu’au moment de passer sous la presse, elle soit aussi souple qu’un chiffon. En raison de ces exigences, l’impression en plusieurs couleurs présente certains problèmes qui seront abordés ci-dessous [* humidification (papier), papier]. 

La deuxième étape consiste à préparer l'encre*. L'artiste choisira une encre spéciale pour la gravure, dont il existe différents types. Certaines adhèrent mieux à la planche, tandis que d'autres s'effacent plus facilement. L'encre sortie d'une boîte ou pressée d'un tube n'est pas prête à l'emploi, car elle doit être travaillée et diluée à l'aide d'une spatule et d'un peu d'huile. Gardez en réserve un mélange d’huile de lin brute (100 cm³) et d’huile épaisse (30 cm³) [*huile]. Il appartient toutefois, bien évidemment, à l’imprimeur de trouver la bonne consistance d’encre en fonction de l’impression qu’il souhaite obtenir, du papier utilisé, du grain, etc. D’une manière générale, l’encre doit légèrement éclabousser lorsqu’on la frappe avec une spatule. Une encre trop sèche colle à la planche et est difficile à essuyer ; une encre trop liquide manque de couleur et produit un effet de moiré ; enfin, une encre trop huileuse tache le papier[*encre].

Une fois ces préparatifs indispensables terminés, l’artiste peut passer à l’encrage* de la planche. Même si l’encre est huileuse, il est nécessaire de préparer le grain à la recevoir en huilant la planche avec de l’huile de vaseline (comme on le faisait autrefois en photogravure) ou avec de la glycérine. Il est essentiel que ce huilage soit bien effectué et que l’huile soit correctement fait pénétrer à la main dans la surface granuleuse de la planche. Essuyez délicatement la planche préparée avec du papier de soie. Étalez ensuite l’encre sur la surface de la planche (qui a été légèrement réchauffée sur une plaque chauffante ou qui est chaude du fait de son utilisation dans un atelier bien chauffé). L’encre doit bien pénétrer dans la surface granuleuse dès la première application.

À ce propos, il convient de souligner qu’il ne faut pas utiliser de tampon dur, car cela endommagerait le grain. Utilisez soit un tampon en tarlatane, soit un tampon en cuir souple. Ne « fourrez » pas l’encre dans le grain en frappant la planche comme pour les gravures en creux. L’encre doit être étalée du centre vers la périphérie de la planche.
Une fois la planche soigneusement encrée, passez à la tâche délicate de l’essuyage*. Une bonne impression dépend d’un essuyage correct de la planche.
Préparez trois boules à partir de bandes de tarlatan d’une longueur comprise entre 30 et 50 cm, selon la taille de la planche. N’oubliez pas de malaxer le tissu avec vos mains afin de lui faire perdre un peu de sa rigidité. La première boule sert à effectuer un essuyage grossier et à répartir l’encre uniformément sur la surface de la planche.

 La deuxième boule sert à un essuyage plus soigné de la plaque, qui devrait commencer à faire apparaître les blancs. La dernière boule permettra de parachever l’essuyage des blancs. Le tarlatan présente l’avantage de rester à la surface de la plaque sans extraire l’encre des creux. La difficulté de l’essuyage réside dans le fait qu’il faut éliminer l’excès d’encre sans enlever celle qui se trouve dans les lignes et les grainages, car cela gâcherait l’impression. Cependant, si la planche devait être imprimée à ce stade, les blancs seraient flous tant le long des bords que sur l’ensemble de leur surface. L’essuyage doit donc se poursuivre.

 La méthode traditionnelle pour finir une planche était ce que l’on appelle en français « paumaqe » et en anglais « palminq* » (ces deux termes étant dérivés du mot « palm »), ce qui signifie nettoyer les blancs de la planche à l’aide de ses paumes et de ses mains, que l’on essuie à chaque fois sur un tablier d’imprimeur. Personnellement, je ne recommande pas le « palming » pour les aquatintes, car cette méthode a tendance à estomper le grain. La méthode suivante est mieux adaptée à notre objectif. Préparez une pile de papier de soie d’environ 20 sur 15 cm. Tous les papiers de soie ne conviennent pas, et surtout pas ceux qui sont particulièrement absorbants. Les meilleurs sont les papiers sulfite suédois, qui sont sans acide. C’est le type de papier de soie le plus cher, mais son efficacité compense son prix. La feuille de papier doit être posée sur la planche et déplacée à l’aide d’une éponge fine (en exerçant une pression modérée). Lorsque la feuille de papier est sale, il faut soit la jeter, soit la retourner. Il faut cinq à dix feuilles de papier pour finir d’essuyer une planche de taille moyenne. Les pages d’un annuaire téléphonique « à l’ancienne » font souvent l’affaire.

Les dernières feuilles ne porteront pratiquement plus aucune trace d’encre. Dans tous les cas, il faut essuyer l’ensemble de la plaque, y compris les noirs. À la fin du processus d’essuyage, la texture granuleuse doit présenter une surface homogène et veloutée. Si le grain porte des traces d’essuyage, il faut le nettoyer entièrement avec du tarlatan, puis avec du papier de soie. Le nettoyage d'une plaque d'aquatinte doit être absolument impeccable et tout « retroussage* » doit être évité. En effet, si l'on peut expérimenter des techniques de « retroussage » dans la gravure en creux, une texture granuleuse ne réagit pas bien à cette technique, car elle entraîne un colmatage du grain, l'apparition de taches et des impressions irrégulières.

Avant l’impression, il faut nettoyer les bords et les contours de la planche ainsi que son verso. S’il y a des marges, celles-ci doivent également être nettoyées avant l’impression. Cette dernière étape peut être effectuée à l’aide d’un chiffon propre légèrement imbibé d’une solution diluée de soude ou de potasse. Si la planche est de petite ou moyenne taille, tenez-la par son verso ; s’il s’agit d’une grande planche, posez-la devant vous. N’oubliez pas que toute empreinte de doigt sur le grain apparaîtra sur l’impression.
Placez ensuite la plaque sur le plateau de la presse. L’impression d’une plaque en aquatinte s’effectue de la même manière que celle de n’importe quelle plaque en creux, à quelques détails près. Les feutres utilisés pour l’impression doivent être assez souples afin que l’impression restitue le grain.

 Pour obtenir des résultats satisfaisants, je recommande d’utiliser quatre couches de toile cirée (« skai », par exemple) plutôt que les feutres habituels. Lorsque vous utilisez ce type de toile, veillez à ce qu’un côté en tissu soit en contact avec le papier et qu’un côté plastifié soit en contact avec le rouleau de la presse. En ce qui concerne le nombre de feutres (quatre) utilisés dans l’impression en couleurs à plusieurs planches, veuillez vous reporter à l’entrée « enregistrement ». Un autre détail à souligner est qu’une plaque d’aquatinte donnera un résultat plus satisfaisant si elle passe deux fois dans la presse (aller-retour). Pour plus de détails sur le reste du processus d’impression, voir les rubriques « séchage » et « steelfacing ».

Les corrections qu’il peut être nécessaire d’apporter doivent être effectuées à l’aide d’un brunissoir* pour assombrir le grain et d’une substance abrasive* pour l’éclaircir. Un grain trop clair devra être refait, car la roulette* ne peut être utilisée qu’avec parcimonie et, généralement, uniquement sur les marges trop mordues. La régularité et la qualité mécanique d’un grain de roulette ne correspondent pas à l’esprit du grain d’aquatinte.