Dictionnaire technique de l'estampe, André Béguin. FR

Attacking agents: Agents de gravure


En Agents de gravure.
 Sous cette rubrique, le lecteur trouvera tous les produits utilisés en gravure pour ronger, corroder et décaper la toile, le papier, la pierre et, bien sûr, les métaux.

1. LES ACIDES.
A . L'ACIDE NITRIQUE. L'acide nitrique est un acide fort. Connu sous le nom d'« aqua fortis » par les alchimistes de l'Antiquité, c'est l'acide le plus couramment utilisé en gravure. Le terme « aqua fortis » et son utilisation répandue dans la gravure expliquent que le terme désignant la gravure en ait été dérivé dans de nombreuses langues, comme en français (« eau-forte »), en italien (« acquaforte »), etc. L’acide nitrique peut également être utilisé pour décaper les planches et préparer les pierres lithographiques.

À l’état pur, c’est un liquide incolore. On peut l’acheter à différentes concentrations, par exemple à 36°B, ce qui signifie qu’il contient 700 grammes d’acide pur, ou à 40°B (généralement appelé « pur »), ce qui correspond à 875 grammes d’acide pur par litre. L’acide nitrique se caractérise par une attaque directe, rapide et vive qui, cependant, n’est que superficielle et étendue, bien que puissante. Il attaque tous les métaux, y compris le plomb et l’argent, à l’exception des planches d’aluminium et de la plupart des aciers inoxydables. Il attaque également toutes les matières organiques. Cet acide est très sensible aux variations de température (ne jamais le laisser au soleil).

Les substances suivantes résistent à son action : le caoutchouc, la gutta-percha, le goudron, l’asphalte, la cire, les résines, la paraffine, le verre, la céramique et divers types de plastique. Au contact d’un métal, il produit des bulles d’oxyde nitrique qui ont tendance à protéger la planche contre une attaque plus poussée. L’acide nitrique doit être conservé dans un bocal ou une bonbonne en verre ou en grès, fermé par un bouchon en verre rodé (l’intérieur du bouchon peut être légèrement huilé) ou par un bouchon spécial en plastique. Il faut garder à l’esprit que cet acide est sensible à la lumière et peut être altéré par une exposition excessive à celle-ci. C’est pourquoi il doit être conservé dans un endroit sombre. Les vapeurs d’acide nitrique sont très toxiques, mais ne présentent pas de danger si elles ne sont pas inhalées.

Évitez d’inhaler les émanations qui se dégagent au-dessus du bac de gravure. Il convient toutefois d’assurer une aération adéquate et continue de la zone de travail. En cas de brûlures cutanées, rincez la zone abondamment à l’eau, puis avec une solution froide de carbonate de sodium. On peut également appliquer un cataplasme de magnésium blanc sur la zone brûlée.

La concentration de l'acide nitrique doit être ramenée à environ 25° lors de la gravure des plaques de cuivre. Si vous devez préparer la solution sans densimètre, les proportions suivantes conviendront. Pour obtenir une solution de morsure forte, mélangez 1/3 d'acide et 2/3 d'eau ; si vous avez besoin d'une solution de morsure plus faible, utilisez 1/4 d'acide et 3/4 d'eau. Pour la gravure sur zinc et sur acier, la solution de morsure doit présenter une concentration comprise entre 5° et 15°B. Vous obtiendrez une solution à 5° en utilisant une part d'acide pour neuf parts d'eau. Lorsque cet acide est utilisé pour le décapage*, il doit être encore plus dilué : préparez une solution de 50 ml d'acide pour 1 000 ml d'eau, en y ajoutant un peu d'alun.
Lorsque l’acide nitrique est mélangé à de l’acide chlorhydrique, la solution attaque l’or et le platine [* aquatinte, gravure à l’eau-forte et lithographie].

B. ACIDE SULFURIQUE. Autrefois, cet acide était connu sous le nom d’huile de vitriol ; aujourd’hui, on l’appelle également vitriol (voir ci-dessous sous la rubrique « sel »). L’acide sulfurique est puissant, liquide et incolore à l’état pur. Il est disponible en différentes concentrations, à savoir 53°B (1 054 grammes d’acide par litre), 61-62°B (1 415 grammes/litre) et 66°B (1 760 grammes/litre). La plus forte de ces concentrations est celle qui convient le mieux à un usage technique. Cet acide attaque violemment toutes les matières organiques et tous les métaux habituellement utilisés en gravure, à l’exception du cuivre et du plomb. Son utilisation est encore plus dangereuse que celle de l’acide nitrique. Si l’on verse de l’eau dans cet acide, celui-ci va projeter des éclaboussures et s’échauffer. Il faut toujours verser l’acide dans l’eau et jamais l’eau dans l’acide.

En cas de brûlures, ne pas les laver à l’eau courante sous un robinet. Il est préférable de plonger les zones brûlées dans une grande quantité d’eau, de les sécher, puis de les laver à nouveau avec de l’eau ammoniacale ou de recouvrir les zones touchées de cataplasmes froids à base de bicarbonate de sodium.
L’acide sulfurique utilisé pour graver de l’acier à faible teneur en carbone doit être mélangé dans les proportions suivantes : une part d’acide pour deux parts d’eau. La gravure avec une telle solution sera assez rapide mais aussi plus rugueuse qu’avec l’acide nitrique. Il en résultera des lignes gravées profondes et larges. L’acide sulfurique est également utilisé pour éliminer le revêtement d’acier des planches de cuivre, car il attaque l’acier sans réagir avec le cuivre sous-jacent. Enfin, il sert également à nettoyer les surfaces en verre des planches utilisées pour la photogravure.

C. ACIDE CHLORHYDRIQUE. L’acide chlorhydrique est un acide fort, incolore à l’état pur (à 22°B, il contient 300 grammes d’acide par litre et est considéré comme pur). Il est généralement utilisé à 20°B, cas dans lequel il présente une couleur jaune. Il est hautement corrosif et facilement soluble dans l’eau. Malgré son caractère corrosif, il ne brûle pas la peau comme les deux acides précédents (acide nitrique et acide sulfurique), à moins d’être laissé en contact avec la peau pendant une durée prolongée. C’est pourquoi il est parfois utilisé, sous forme diluée, pour nettoyer des mains très sales (mais veillez à bien vous rincer les mains après une telle utilisation). Une accumulation importante de vapeurs d’acide chlorhydrique est dangereuse, car elle peut provoquer une explosion.

Cet acide est parfois utilisé pour la gravure du zinc et de l’acier ; dans ce cas, il est mélangé à quatre ou cinq fois son volume d’eau. En Allemagne, pendant la guerre, il était utilisé afin d’éviter le recours à l’acide nitrique, qui était réservé à des fins militaires. L’acide chlorhydrique permet également de graver très efficacement des planches en acier inoxydable lorsqu’il est mélangé à une ou deux fois son volume d’eau (ou moins si nécessaire). S’il est utilisé pour le nettoyage par frottage d’une planche, il sera dilué avec dix fois son poids en eau.

D. ACIDE PHOSPHORIQUE. Dans le commerce, cet acide, parfois appelé acide orthophosphorique, se présente sous forme liquide, incolore et inodore. Il existe généralement en trois concentrations : 37,5°B, 60°B et 45°B. La solution à 45°B est généralement celle que l’on choisit pour travailler. Elle contient 65 % d’acide pur et est très soluble dans l’eau. C’est un bon acide pour le nettoyage par frottage des métaux ferreux, mais il est surtout utilisé comme l’un des composants des préparations à base de zinc et d’aluminium, tant pour les méthodes lithographiques que pour le travail en offset [* lithographie, offset].


E. ACIDE FLUORHYDRIQUE. Acide fort qui, sous sa forme disponible dans le commerce, se présente comme une solution aqueuse d’un gaz portant le même nom. Il contient généralement 70 % d’acide pur et est incolore. Très corrosif, il attaque tous les métaux ainsi que le verre et la céramique. Il est conservé dans un récipient en gutta-percha ou en plastique. Il est généralement utilisé, sous forme diluée, pour graver le verre et la céramique ainsi que pour effectuer le nettoyage par frottage sur la fonte.

F . ACIDE CHROMIQUE. Pour être tout à fait précis, cet acide est l’anhydride chromique, un cristal soluble dans l’eau que l’on trouve sous forme d’aiguilles rouge foncé. Ces cristaux sont très solubles, très caustiques et agissent comme agents oxydants. L’acide obtenu à partir de ces cristaux attaque toute matière organique. Sous sa forme solide (cristaux), il peut provoquer des phénomènes d’autocombustion au contact du papier. Il entre généralement dans la composition des solutions utilisées en lithographie et en offset.

C. ACIDES FAIBLES. Un certain nombre d’acides faibles sont utilisés directement ou indirectement dans la gravure. L’acide acétique se présente sous deux concentrations différentes, toutes deux sous forme liquide : 8°B, qui correspond à une concentration de 40 %, et une forme plus concentrée dont la concentration varie entre 98 et 100 %. Cet acide est très soluble dans l’eau et gèle en dessous de 17 °C (environ 62 °F). L’acide acétique est un acide caustique qui grave avec précision et en profondeur. Autrefois, il était utilisé, mélangé à de l’acide nitrique, pour graver des planches de zinc et d’acier. Cependant, ce mélange est dangereux car il est susceptible d’exploser. De nos jours, l’acide acétique est le plus souvent utilisé, mélangé à d’autres éléments, dans les travaux d’offset et de lithographie.

Un autre acide faible est l’acide citrique, qui se présente sous la forme d’une masse de cristaux incolores au goût de citron. Lui aussi est très soluble dans l’eau. Ses principales applications se trouvent en photographie, en lithographie et en impression offset.
L’acide oxalique se présente également sous forme de cristaux, est soluble dans l’eau et est très caustique. Il sert à la préparation de produits de polissage des métaux et entre également dans la composition des solutions de morsure pour l’acier. Parmi les derniers ajouts à cette liste d’acides, on trouve : l’acide tartrique, utilisé en photographie et en lithographie offset, l’acide gallique et l’acide hydrofluorosilicique.

2. LES ALCALINS.


A. SODA. La soude caustique est vendue dans des flacons bouchés, sous forme solide ou en solutions concentrées appelées « lessives ». Il existe deux types de soude : la soude de lavage (également appelée soude de Solvay), qui est la matière première, et la soude alcoolique, qui est la version purifiée. Sous sa forme solide, la soude absorbe l’humidité et doit donc être conservée dans une boîte en plastique hermétique et non dans des flacons munis d’un bouchon en verre rodé. Les lessives sont plus faciles à utiliser et à conserver (en plus d’être moins chères) et se trouvent dans diverses concentrations : 36°B, ce qui équivaut à 33 % de soude pure (lessive de lessive), 40°B (37 % de soude pure), 45°B (42 % de soude pure) et 50°B (50 % de soude pure). Ces lessives évitent d’avoir à préparer des solutions à partir de soude pure, ce qui est non seulement une opération délicate, mais aussi dangereuse. Dans tous les cas, il faut éviter les morceaux de soude qui doivent être broyés et qui pourraient projeter des éclats dans les yeux. Pour la même raison, il ne faut pas préparer une solution de lessive avec de l’eau chaude, car cela pourrait provoquer une surchauffe et des projections. Si l’on doit préparer une solution de soude caustique, il faut le faire en ajoutant de petites quantités de soude à de l’eau froide et en mélangeant vigoureusement le tout. Les mesures doivent être effectuées à l’aide d’un densimètre Baumé maintenu à une température constante. En cas de brûlure, rincer abondamment la zone touchée, puis appliquer un cataplasme de borax ou de bicarbonate de sodium. Les taches sur les vêtements peuvent être neutralisées si elles sont nettoyées immédiatement avec un liquide légèrement acidulé.
La soude caustique attaque l’aluminium, le zinc, le fer étamé et galvanisé, l’émail et toute matière organique. Elle peut être utilisée pour le blanchiment, le nettoyage, le débouchage des canalisations d’atelier et, surtout, pour effectuer le nettoyage par frottage des planches métalliques (dans ce cas, elle doit être mélangée à un peu de blanchissant), ainsi que pour essuyer* les bords et les marges des planches ou l’encre restée sur les zones blanches des planches avant l’impression. La solution utilisée pour décaper les planches peintes ou verniées est parfois vendue sous le nom trompeur de « potassium »  Une solution liquide de soude est également utilisée en sérigraphie pour nettoyer les écrans (les écrans doivent être nettoyés « hors contact ») et pour éliminer les résidus de graisse avant l’application des films. Enfin, elle est également utilisée dans les procédés de développement photographique.

B. POTASSE. La potasse caustique se présente sous une forme très similaire à celle de la soude. À l’état solide, elle est encore plus sensible à l’humidité atmosphérique que la soude. Il existe deux types principaux de potasse caustique : l’une à 36°B (pure à 44,5 %) et l’autre à 40°B (pure à 52 %). Elle présente presque les mêmes caractéristiques que la soude, mais elle est un peu plus chère et donc moins souvent utilisée. Il convient de noter que 56 grammes de potasse remplacent 40 grammes de soude.

C. L'AMMONIAQUE. L'ammoniac est une solution concentrée de gaz d'ammoniac et dégage une forte odeur caractéristique. On peut l’acheter dans les trois concentrations suivantes : 22°B (20 % de gaz, qui constitue l’alcali), 25°B (27 % de gaz) et 28°B (34 % de gaz). C’est une substance très volatile qui doit être conservée dans un flacon muni d’un bouchon en verre rodé et dans un endroit frais. Elle est utilisée comme agent nettoyant en lithographie offset.

3. LES SELS.
Les sels se forment lorsque des acides sont combinés à des bases. Chaque acide permet de préparer divers sels. Il existe donc de nombreux sels différents, mais tous ne sont pas utilisés en gravure. Comme c’est le cas pour les acides, ils peuvent être sensibles à l’humidité ou présenter une tendance à l’efflorescence.

A. LES SELS D’ACIDE NITRIQUE.
Les dépôts de nitrate étaient utilisés en Espagne et au Moyen-Orient pour attaquer les métaux et décorer les armes bien avant l’utilisation de l’acide nitrique lui-même. Le nitrate de potassium, également appelé salpêtre, le nitrate d’aluminium et le nitrate de sodium sont utilisés en lithographie et en offset. Ce sont tous des poudres solubles dans l’eau. Le nitrate de cellulose est utilisé pour fabriquer les couches colloïdales (gel) photosensibles employées dans les transferts photographiques* sur métal. Le nitrate de plomb sert à renforcer les blocs (planchettes), tandis que le nitrate d’argent est utilisé pour rendre les planchettes photosensibles.

B. SELS D’ACIDE SULFURIQUE.
Cette catégorie de sels est peu utilisée en gravure. Le sulfate de cuivre était autrefois utilisé pour colorer l’eau contenue dans de grandes bouteilles servant d’écrans réfléchissants afin d’éclairer la planche en cours de travail (voir le vert-de-gris ci-dessous). Le sulfate d’aluminium est une masse blanchâtre soluble dans l’eau, utilisée pour le collage du papier et la préparation des laques. Le sulfite de sodium est utilisé pour le blanchiment du papier et en photographie. Le bisulfite de sodium est utilisé en lithographie et en impression offset, tandis que l’hyposulfite de sodium est utilisé en photographie.

C. SELS D'ACIDE CHLORHYDRIQUE.
Le chlorure de calcium est utilisé comme agent dessiccatif et est placé dans des boîtes à grainage (dans le cadre de l'aquatinte*) afin de maintenir la résine aussi sèche et poudreuse que possible. Il sert également à garder au sec les plaques de photogravure et d'offset lorsqu'elles sont placées dans des boîtes hermétiquement fermées. Le chlorure de calcium se présente sous forme solide ou granuleuse et peut absorber une quantité considérable d'humidité. Le trichlorure d’antimoine est utilisé pour donner une patine aux métaux ferreux. Le bichlorure de mercure est un cristal incolore, soluble dans l’eau, l’alcool et la glycérine, qui est très toxique.

Il est utilisé en photographie, pour donner une patine aux métaux, ainsi que pour graver les planches d’aluminium*. Le chlorure de zinc est utilisé pour le nettoyage par frottage.
Autrefois, le chlorure de sodium (sel de table ordinaire) était utilisé comme composant de la solution de morsure (avec du vinaigre rectifié) et comme grain pour préparer la surface granulée* dans l’aguatinte*. Le chlorure d’ammonium, également appelé sel d’ammoniac, entre dans la composition de la solution de morsure décrite dans le traité d’Abraham Bosse sur la gravure, aux côtés du vinaigre, du sel de table et du vert-de-gris.

Il est également utilisé dans le revêtement de l’acier, en association avec le sulfate de fer. Le chlorure d’ammonium est aussi employé avec le vert-de-gris et le sel pour fabriquer un mordant au miel*, utilisé comme mordant de fin mordantage pour les planches de cuivre.
Le dernier sel de cette catégorie dont il sera question est le perchlorure de fer, qui compte parmi les sels les plus utilisés dans les arts graphiques (notamment en aquatinte), en photogravure et pour l'application d'une patine sur le métal. Il mérite ici une attention particulière en raison de la diversité de ses applications.

Le perchlorure de fer se présente sous forme de cristaux jaunes ou bruns extrêmement sensibles à l’humidité et qui doivent donc être protégés de tout contact avec l’air. Autrefois, les praticiens de la photogravure le fabriquaient eux-mêmes afin d’être sûrs d’obtenir de bons résultats. Le chimiste Bonnet, auteur d’un traité sur la photogravure, donnait la recette suivante : « Placez des clous et des punaises dans un grand pot en terre cuite, puis versez sur ces clous et ces punaises un mélange d’acide chlorhydrique et d’acide nitrique identique à celui utilisé dans l’« aqua regia » (un volume d’acide nitrique pour trois volumes d’acide chlorhydrique).

L’opération doit être effectuée à l’air libre car, au bout de quelques secondes, le contact entre les acides et le fer produira un torrent de vapeurs d’acide hyponitrique très nocives. Le mélange doit être remué de temps à autre. Si nécessaire, on peut le chauffer pour favoriser la réaction, mais cela ne sera pas toujours indispensable. Le résultat de cette réaction sera un liquide jaune brunâtre assez épais, dont la composition sera principalement du perchlorure de fer, avec seulement un peu de nitrate de fer et une petite quantité d’acide libre, etc. C’est un excellent mélange pour la photogravure et, bien que moins pur que celui que l’on achète dans le commerce, il s’avérera supérieur. » Aujourd’hui, il existe également dans le commerce des produits d’excellente qualité.

En général, la solution de morsure nécessaire est préparée à partir de cristaux, même s’il est possible de trouver des solutions liquides toutes prêtes. La solution est obtenue en mélangeant 10 kilos (22 lb) de cristaux avec 3 litres (3,3 quarts) d’eau à 15 °C (122 °F). Le perchlorure de fer solide est versé dans un récipient en plastique, en caoutchouc, en grès, etc. (n’utilisez jamais de récipient en métal) dont l’ouverture est suffisamment grande pour permettre de mélanger les ingrédients (le mélange doit être maintenu pendant environ 20 minutes). Une fois refroidie, pesez un échantillon du liquide obtenu et réduisez sa concentration (en ajoutant de l’eau) à 46°B. Cette opération doit être effectuée avec soin, car la solution obtenue par le mélange susmentionné se situera entre 50° et 48°B. Veillez à ajouter l’eau avec précaution, car la concentration diminue très rapidement. N’oubliez pas d’agiter le mélange et de vous assurer qu’il se situe entre 18° et 20° Celsius (64 et 68° Fahrenheit) avant d’utiliser le densimètre. La solution est correcte lorsque le liquide atteint la marque des 46° sur le densimètre. La mesure doit être effectuée dans un récipient haut dont l’épaisseur est proportionnelle à la quantité à mesurer. Le dépôt pâteux produit par ce premier mélange doit être conservé pour renforcer des solutions existantes ou en préparer de nouvelles. Toute manipulation de ce sel doit être effectuée avec précaution et uniquement en portant des gants en caoutchouc. En effet, le perchlorure de fer est assez caustique, même s’il n’est pas aussi corrosif que les acides forts. Il jaunit les mains et tache et attaque les vêtements. Une solution de perchlorure de fer à 46° doit être préparée en quantités relativement importantes, car elle sert à la plupart des bains de morsure (comme dans l’aquatinte) et à la préparation de solutions à 41°, 36° et 33°, qui sont elles-mêmes utilisées pour les solutions de morsure complémentaires, la gravure en creux, le nettoyage par frottage, etc.

 Les flacons contenant les différentes concentrations doivent être correctement étiquetés. De plus, les solutions doivent être « vieillies » avant utilisation, soit en ajoutant et en dissolvant 2 grammes de copeaux de cuivre par 100 cm³ de solution, soit en mélangeant la nouvelle solution avec 5 ou 10 % d’une solution ancienne. En effet, une solution trop « fraîche » mordra trop fort et de manière trop superficielle. La solution de morsure est à son apogée lorsqu’elle a pris une teinte brune, ce qui correspond à un stade intermédiaire entre la translucidité et le noir profond. Au fil de son utilisation, la solution de morsure finira par s’épuiser. Cela se produit à mesure qu’elle dissout du métal et que son poids augmente. Dans le cas du cuivre, elle augmentera de 1°B tous les 10 grammes de cuivre dissous par litre, mais, dans le même temps, la concentration en perchlorure de fer pur sera réduite de 10 %. Une solution de morsure épuisée mordra lentement et de manière irrégulière, ce qui indique qu’elle doit être remplacée. Une partie de l’ancien bain de solution de morsure peut être conservée pour garantir des concentrations constantes (10 à 15 grammes de cuivre par litre constituent la quantité adéquate). Seule la couleur de la solution permet de déterminer l’âge d’une solution de morsure et sa teneur en cuivre. Une solution de morsure « fraîche » est brun rougeâtre et translucide ; elle devient brun et trouble après quelques morsures, puis noircit lentement à l’usage. À la toute fin, il commence à former des voiles verdâtres. Ces différents stades correspondent aux teneurs en cuivre suivantes : 15 à 20 grammes de cuivre par litre lorsqu’il est brun, jusqu’à 50 grammes par litre lorsqu’il est noir, et 35 grammes ou plus par litre lorsqu’il est verdâtre (ce qui correspond également au moment où la solution devient impropre à l’emploi).

Si nécessaire, on peut conserver des échantillons de solution de morsure (dont les caractéristiques sont connues) dans des tubes à essai et les utiliser pour les comparer à la solution de travail. On constatera qu’il est préférable de laisser vieillir une solution fraîchement préparée pendant quelques jours avant de l’utiliser.
La solution doit être conservée dans des flacons ou des récipients fermés afin d’éviter tout contact avec l’air. De plus, les solutions doivent être stockées à la même température que celle à laquelle elles sont utilisées. De nos jours, le chlorure ferrique (= perchlorure de fer) est plus populaire que jamais en raison de ses « propriétés moins toxiques ». En particulier lorsqu’il est utilisé dans des cuves de gravure verticales, certains problèmes de sédimentation des cristaux ont été résolus. La technique « Edinburg Etch » repose sur l’utilisation de chlorure ferrique additionné d’un peu d’acide citrique. Elle améliore la qualité de la gravure et accélère le processus. Vous trouverez plus de détails sur l’utilisation de cette solution sous les rubriques « aquatinte », « gravure », « solution de morsure » et « mordantage ».

D. SELS D'ACIDE PHOSPHORIQUE. Les phosphates de sodium, de potassium et d'ammonium sont parfois utilisés en lithographie et en impression offset.
E. SELS D'ACIDE HYDROFLUORIQUE. Le fluorure de sodium est utilisé pour la gravure sur verre, tandis que le fluorure d'ammonium est utilisé en lithographie-offset.
F. SELS D'ACIDE CARBONIQUE. Le carbonate de chaux, communément appelé craie, est disponible dans le commerce sous divers noms, tels que le « blanc de Meudon ». Il est utilisé comme pigment et dans les préparations pour le nettoyage par frottage, auquel cas il est humidifié avec de la lessive. Le carbonate de soude, parfois appelé « soude de Solvay », est utilisé en photographie et comme neutralisant contre les brûlures acides.
Enfin, il convient de mentionner divers autres sels et composés.
L'acétate de cuivre neutre était autrefois obtenu par oxydation du cuivre avec du vinaigre ; il ne s'agit en réalité que du vert-de-gris que Bosse appelait « verd de gris ou verd de cuivre » et qu'il utilisait comme composant de son vernis de gravure. Bosse ajoutait également que le vert-de-gris ne devait pas contenir de fragments de cuivre ni de pépins de raisin.

En effet, dans la région de Montpellier, le vert-de-gris était fabriqué à partir de raisins fermentés. Lorsqu’on l’achète, le vert-de-gris se présente sous forme de cristaux bleus hautement solubles dans l’eau, qui colorent la solution en bleu ou en bleu verdâtre selon la concentration. De telles solutions étaient également utilisées dans de grandes bouteilles pour diffuser la lumière, de la même manière que le sulfate de cuivre (voir ci-dessus). Le bichromate de potassium, quant à lui, est utilisé en lithographie et comme composant des solutions de morsure employées sur les verres de gravure tendres*.

Remarques générales


Comme nous l’avons vu, les différents produits examinés ci-dessus peuvent être utilisés de multiples façons. C’est pour cette raison qu’ils ont été regroupés sous des rubriques plutôt que d’être examinés séparément.
Ces produits se présentent généralement sous différentes formes, solides ou liquides. Sous leur forme solide, ils peuvent être déliquescents, c’est-à-dire qu’ils absorbent naturellement l’humidité ambiante. À l’inverse, ils peuvent également être efflorescents s’ils ont tendance à perdre leur humidité.

Certains des produits mentionnés ci-dessus sont dangereux ; leur stockage (à réduire au strict minimum) et leur utilisation doivent donc s’accompagner de précautions qui peuvent parfois donner lieu à des conflits de responsabilité avec les compagnies d’assurance. Certains acides peuvent s’enflammer spontanément au contact du papier, de la paille, etc.
Lorsqu’on parle de la concentration d’une solution, les mesures sont toujours exprimées en degrés Baumé et sont effectuées à l’aide d’un densimètre gradué pour ce type de mesures.

Le liquide doit être versé dans un tube à essai gradué et la lecture effectuée au niveau atteint par le liquide sur l’hydromètre flottant. Pour les acides très dilués, il faut utiliser un hydromètre permettant de mesurer jusqu’à 0° Baumé. Il convient de rappeler que les mesures doivent être effectuées à la même température, car une augmentation de la chaleur altère les résultats [* mesure]. 

Lorsqu’ils sont mélangés à de l’eau, certains acides forts dégagent beaucoup de chaleur ; il faut tenir compte de ce phénomène lors de la mesure de leur concentration. Dans ce cas, il faut laisser la solution refroidir avant de procéder à la mesure.
Il faut verser l’acide dans l’eau et non l’inverse afin d’éviter des projections dangereuses. Le versement doit s’effectuer lentement, car une augmentation brusque de la chaleur (notamment avec l’acide sulfurique) peut provoquer la fissuration du récipient utilisé. Les solutions doivent être conservées dans des récipients pouvant être correctement fermés et étiquetés afin d’éviter toute confusion et tout retard.e.